Mercredi 21 octobre 2009
Aux Français si soucieux de leur image à l'étranger, pas toujours bonne il faut le dire, les représentations de nos jeunes Burkinabés apporteront un peu de baume au coeur.
Si on leur demande en effet quelles images ils ont de la France et des Français, ils vous répondent, sans surprise, que c'est "le pays des Blancs", autrement dit le pays des
"riches". On est plus étonné en revanche lorsqu'ils vous brossent le portrait du Français type : "intelligent", "beau", "solidaire", "curieux",
"gentil". J'ai bien dû leur expliqué que tous mes compatriotes n'étaient pas comme moi, ce qui leur a surtout permis de comprendre que les coqs Français ajoutent à la vanité une
bonne dose de naïveté.
Plus sérieusement, ce portrait idéal fait par les jeunes d'ADSD doit être nuancé. D'abord parcequ'il relève d'une certaine politesse africaine qui consiste à ne pas critiquer le pays de son
interlocuteur. Ensuite par le fait que ces jeunes connaissent surtout la France par le biais d'associations de solidarité. Au fil de la conversation, certains font tout de même part de leurs
doutes, ils ont entendu dire qu'en France, "il y a du racisme", qu' "il y a aussi des pauvres", entendu qu'ici un pauvre est "quelqu'un qui ne peut pas se nourrir
seul".
Ces nuances et ces doutes prennent beaucoup plus d'ampleur chez ceux qui ont foulé le sol hexagonal. Abdoulkarim et ses amis sont artistes, ils essayent de vendre leur production dans les rues de
Ouaga. Beaucoup ont été en France pour exposer leurs oeuvres ou pour voir de la famille.
Ce qui les frappe le plus, c'est le manque de vie collective : les "rues désertes" ou, lorqu'elles sont bondées, que l'on traverse anonymement au milieu d'une foule d'inconnus. Encore
plus incompréhensible est pour eux le fait de ne pas connaître des voisins dont on est séparés que par quelques centimètres de cloison. Tout se passe en effet comme si la solidarité instituée
française (sécu, assurances chômage) avait effacé les solidarités individuelles et familiales si importantes en Afrique.
Encore ces dernières commencent-elles à se fissurer, surtout dans les grandes villes. Contrairement à une idée reçue, l'Afrique bouge, évolue, se transforme. Mais dans quelle sens? Avec la
réussite et l'enrichissement de quelques uns, l'individualisme commence à pointer le bout de son nez.
"Si ça continue comme ça, on va finir comme vous" déplore Abdoulkarim. Belle reflexion en perspective sur les effets contradictoires de la "modernisation".