Jeudi 5 novembre 2009
Il est des conforts qui nous paraissent si naturels que l'on oublie qu'ils sont exceptionnels...
Ouvrir un robinet, obtenir de l'eau d'une simple pression du doigt est un luxe réservé finalement à une fraction de l'humanité. Pour les villageois africains, mais aussi pour la plupart des
citadins, il existe une tâche quotidienne, indispensable, vitale, la fameuse "corvée" d'eau.
Le mot ici n'est pas galvaudé, cette tâche obligatoire représente véritablement un travail éreintant. La plus grosse épreuve est celle du transport, les plus chanceux possèdent une charette et un
âne. Mais pour beaucoup, il faut ramener les bidons d'une vingtaine de kilos les uns après les autres. Avant cela il faut tirer l'eau, prendre un litre paraît un jeu d'enfant, en prendre 200 rend
la corvée beaucoup plus concrète.
Les enfants justement, ce ne sont pas les derniers à se coller à la tâche. A longueur de journée, ils s'échinent à soustraire à la pompe le précieux liquide. Traditionnellement cependant,
l'essentiel du travail revient aux femmes, quel que soit leur âge. A travers tout le village, on aperçoit le ballet incessant des bidons voyageurs qui, posés sur la tête des femmes, défient les
lois de l'équilibre.
Et ces messieurs alors? Figurez vous qu'ils font leur entrée, timide certes mais réelle, dans ce grand manège aquatique. Même l'Afrique des villages bouge, et le temps où faire la corvée
d'eau était vécu comme une honte pour les hommes est révolu.
Comme souvent en Afrique, les grimaces s'enchaînent aux sourires. Si la pompe est une corvée, c'est aussi un des rares lieux de rencontre dans un village où les habitations sont dispersées. C'est
ici que l'on rencontre ses voisins, que l'on prend des nouvelles des uns et des autres. Il semble que les palabres se fassent plus au soleil du puit qu'à l'ombre des arbres. Pour les enfants
aussi, la corvée prend souvent des allures de fête. Les nombreux embouteillages à la pompe se transforment alors en batailles d'eau qui animent les franches rigolades.
Un jeu d'enfant, vous dis-je...