Partager l'article ! L. L’auberge africaine: Vendredi 8 janvier 2010 Si vous vous promenez en Afrique, ne comptez pas y trouver les maisons ou les immeubles ...
Si vous vous promenez en Afrique, ne comptez pas y trouver les maisons ou les immeubles auxquels l’œil européen est habitué. Ces mots mêmes de « maison » ou d’ « appartement » sont le plus souvent inconnus des Burkinabés. C’est que l’écrasante majorité de ces derniers vivent dans la « concession », lieu de vie incontournable répandu dans toute l’Afrique. Comme toujours, la ville porte les premières évolutions, là apparaissent de rares et modestes immeubles et quelques quartiers pavillonnaires réservés aux plus riches. La plupart des citadins vivent encore dans les concessions, même dans les grandes villes comme Ouagadougou.
Qu’est-ce qu’une concession ? Imaginez une vaste cour autour de laquelle se répartissent les habitations. Cette cour s’organise elle-même autour de la « cuisine ». Oubliez ici vos références ikéaiennes : la « cuisine » africaine c’est un mur pour couper du vent et quelques marmites chauffées avec du bois. De même, les standards du confort européen sont ici loin d’être la norme : l’électricité n’est réservée qu’à la ville et encore tous les quartiers n’en sont-ils pas pourvus, quant à l’eau courante, elle reste un luxe réservé à quelques uns. Les habitations de la concession, ce sont les cases. Traditionnellement elles sont rondes et faites en banco (briques de terre séchée) mais de plus en plus des constructions plus modernes apparaissent avec des bâtiments rectangulaires faits en ciment et d’un toit de tôle.
Ces concessions ont des dimensions très variées, les plus grandes réunissent plusieurs dizaines d’individus. Les Burkinabés eux-mêmes ne savent pas exactement combien de personnes vivent dans leur concession. Cette dernière est dirigée par le « vieux », comprenez le grand-père, si du moins il est encore vivant. Autour de lui se réunissent ses enfants mâles avec leurs femmes et leurs enfants. Les filles partent dans la concession de leurs maris une fois mariées. Vous trouverez également de nombreux enfants de la « famille », plus ou moins éloignée, hébergés ici pour différentes raisons, la plus tragique étant la mort des parents, chose malheureusement courante ici. Encore faut-il ajouter que la donne se complique si vous êtes chez une famille polygame. La concession reflète ainsi une conception beaucoup plus large et plus lâche de la famille qu’en Europe.
Conséquence de tout cela, la concession est un lieu très vivant, ne serait-ce que par les nombreux enfants qui y vivent. De plus, la cour est un lieu ouvert, le portail n’est fermé que la nuit. Toute la journée se succèdent les visites d’amis, de voisins ou de relations de travail. La notion d’intimité ou même de vie privée s’en trouve par là même limitée. On comprend un peu mieux ainsi la difficulté d’intégration d’Africains venus s’installer dans les immeubles européens et qui provoquent la frayeur de leurs voisins parce qu’ils viennent frapper à leur porte pour dire bonjour.
Une différence culturelle, encore une.