P. Out of Africa

Samedi 13 Février 2010



Cette fois l'expérience s'achève. Après cinq mois passés au village de Komadougou, le temps du départ a sonné. Finis les p'tits déj au soleil et les dîners au clair de lune, finis les levers au chant du coq et les couchers au gémissement des ânes, finies les courses en vélo et les promenades à pied, finis les rires et les sourires. On arrêtera là le bilan larmoyant version festival de Cannes. L'Afrique fait trop souvent l'objet de discours exagérément laudateurs ou infämants. Il serait naïf de minimiser les difficultés du travail avec les Africains, citons entre autres l'opacité des tarifs et des méthodes de travail, une administration kafkaïenne, une gestion du temps sans montre qui énerve rapidement l'Européen habitué à minuter sa journée. 

 

Mais face à cela se dresse l'incroyable candeur des Burkinabés, le sourire indécrochable aux lèvres et une attention toujours bienveillante envers le visiteur. Et que dire du rire ? Si le bonheur se calcule au temps de rire, les Africains sont les plus heureux du monde. C'est l'éternelle question du voyageur : ces hommes et ces femmes vivent dans la plus grande pauvreté et pourtant ne sont-ils pas plus heureux que nous?

C'est vrai qu'ils ont l'air heureux, mais le sont-ils vraiment? Il faut vivre quelques mois ici pour comprendre que derrière les sourires se cache souvent une vraie souffrance. Souffrance due à la misère qui empêche de manger tous les jours à sa faim et qui ballonne le ventre des enfants, souffrance due à la galère quotidienne quand on n'a pas un sou pour réparer son vélo ou ses chaussures, souffrance due à la mort, trop intime ici, qui arrache chaque jour parents et enfants. Face à cette souffrance, les Burkinabés ne se plaignent jamais, ils y opposent leurs rires et on ne peut qu'être admiratif devant la dignité avec laquelle ils y font face. 

 

La digue paraît cependant bien fragile. Les millions et les millions de jeunes qui peuplent les rues africaines auront-ils encore la force de rire face à la misère du continent, à la corruption des gouvernants, face à un horizon qui semble s'obscurcir. Le problème aujourd'hui est que personne ne sait où va l'Afrique. Les raisons d'espérer balancent les motifs d'inquiétude. La décadence des pays africains n'est pas une fatalité mais une possibilité, et si cela devait se produire ce ne serait pas une implosion mais une explosion face à laquelle la Méditerranée n'offrirait qu'une défense illusoire. Les flaques d'eau n'arrêtent pas les éléphants. Quand l'Afrique s'éveillera (et elle s'éveille!) le monde encore tremblera.... ou se réjouira. Les richesses humaines et naturelles du continent noir peuvent aussi en faire l'Eldorado de demain.

A nous de savoir quelle histoire nous voulons écrire avec lui... 


Au terme de cette expérience, la question n'est donc pas seulement de savoir ce que nous pouvons apporter à l'Afrique, mais ce que l'Afrique peut nous apporter...

 

 

 

Post-scriptum

 

En bon détracteur du festival de Cannes, je sacrifie à la séance des remerciements dont cette pointe d'ironie n'enlève rien à la profonde sincérité :

 

            - Merci à Paul, Malata, leurs enfants, les jeunes et tous les habitants du village de Komadougou pour le fantastique acceuil qu'ils m'ont fait.

            - Merci à mes partenaires pour m'avoir fait confiance et sans qui cette aventure n'aurait pas été possible: Julien et Sandra du Funambule (excellent théâtre, rue Des Saules à Montmartre, c'est très bien allez-y!), Acadomia, Jean-Michel et Monique Dion, Laurent Laval, Jean-Yves et tatie Laval, Jean-Luc et Annick Raguin, Victor Henri.

            - Merci à Hanta d'avoir fidèlement tenu mon blog pendant ces longs mois.

            - Enfin merci à l'association ADSD et à son président Jean-Pierre Courjon de m'avoir permis de vivre cette expérience exceptionnelle.

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