N. La douleur d’apprendre

Lundi 25 Janvier 2010


Il est 7 heures au village de Komadougou. Avec les premiers rayons du soleil commence le lent défilé des enfants sur la route de l’école. Ils semblent sortir de partout : des cases, des arbres, de la brousse… Signe caractéristique de l’écolier africain, il porte sur la tête un petit pot rempli d’eau qui servira à essuyer l’ardoise. Le rassemblement se fait sur la cour de l’école, autour du drapeau où chaque journée commence invariablement par le chant de l’hymne national. Près de 400 gamins joignent ainsi leurs voix dans cet effort patriotique.


Fait assez rare et nouveau en Afrique, on y trouve autant de filles que de garçons. La nécessité de l’instruction des femmes pour le développement n’est plus à démontrer et beaucoup l’ont compris au village. Mais la scolarisation des filles est aussi un moyen de les libérer contre les mariages forcés : promises très jeunes à un futur mari, leur intégration à l’école les protège d’un éventuel enlèvement car le directeur n’hésitera pas alors à saisir la police.

La mixité étant de rigueur, les nombreux garçons et filles se retrouvent donc ensemble en classe, mais les bâtiments paraissent mal dimensionnés pour accueillir une telle population : trois salles de classes en dur et quatre fabriquées avec des briques de terre cuite, des bouts de bois et de la paille. Mais là aussi le changement arrive, on osera dire le progrès. Un nouveau bâtiment sort en effet de terre, sa construction est financée par le Fonds Chrétien Canadien pour l’Enfance, l’Etat burkinabé n’ayant pas les moyens d’assumer la scolarisation d’une population en pleine explosion démographique.


Une salle de classe peut compter jusqu’à 70 élèves, serrés par quatre sur des tables prévues pour deux. Pour tout matériel une ardoise, une craie, un livre et un cahier, le tout le plus souvent fourni par des associations étrangères. Les cours se font en français, ce qui fait que beaucoup sont perdus avec cette langue dont ils ne comprennent quasiment rien.

N’importe quel enseignant français s’inquiéterait dans ces conditions du désordre qui ne manquerait pas de s’installer dans sa classe. Les bavardages et autres chamailleries n’ont cependant pas leur place ici. Il faut dire que les professeurs burkinabés possèdent un argument pédagogique de poids : le bâton ! Celui-ci sert moins à indiquer des choses au tableau qu’à signaler aux élèves leurs erreurs, la douleur étant censée être proportionnelle à la faute. On comprend mieux ici le réflexe instinctif, transmis de génération en génération, de tous les écoliers du monde à rechercher le fond de la classe : c’est que les premiers rangs sont les premiers servis. La longueur du bâton établit une ligne de démarcation entre le front et l’arrière, entre la chaire à canon et les planqués. Alors oui le calme règne mais la pratique semble bizarrement limiter le goût des élèves pour l’école, cette dernière étant d’abord associée au lieu où l’on prend des coups.


Petite contribution africaine au débat français sur la discipline scolaire.

 

 

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